Le 5e Plan Santé au travail (PST5), publié en juin dernier, confirme l’extension constante du domaine de la prévention. Son troisième axe, intitulé « Préserver la santé tout au long de la vie professionnelle », invite en effet les entreprises à mieux prendre en compte des enjeux tels que les maladies chroniques, la santé des femmes, le maintien en emploi ou encore les conséquences du changement climatique sur la santé des travailleurs. Cette approche déborde du champ initial des accidents du travail et des maladies professionnelles.
Or, cette orientation s’inscrit dans une évolution engagée depuis plusieurs années. Ainsi, dans l’Accord national interprofessionnel (ANI) du 9 décembre 2020, les partenaires sociaux affirmaient déjà que « la qualité de vie au travail permet de dépasser l’approche par le risque professionnel en posant un regard plus large sur le travail et ses conditions de réalisation ». Et cette évolution a trouvé une traduction législative avec la loi du 2 août 2021, qui a profondément réformé les services de santé au travail, devenus les services de prévention et de santé au travail (SPST), et leur a notamment confié la mission de « contribuer à la réalisation d’objectifs de santé publique afin de préserver, au cours de la vie professionnelle, un état de santé du travailleur compatible avec son maintien en emploi ».
Promotion de l’activité physique, prévention des addictions, attention portée à la qualité de vie au travail, souci de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée… Peu à peu, les frontières entre santé publique et santé au travail s’estompent. L’entreprise n’est plus seulement invitée à prévenir les risques professionnels ; elle est aussi appelée à contribuer plus largement à la santé globale de ses collaborateurs. Cette évolution soulève évidemment des questions. Est-ce légitime d’assigner un tel rôle aux entreprises ? Et quelles seront, dans ce cadre, les nouvelles responsabilités des employeurs ? L’avenir le dira. Mais une chose est certaine : les partenaires sociaux et les pouvoirs publics favorisent l’émergence d’une conception toujours plus large de la santé au travail.
Le dossier que nous consacrons aux salariés aidants familiaux s’inscrit dans cette perspective. Longtemps considérée comme une question purement privée, l’aide apportée à un proche dépendant a pourtant des répercussions bien réelles sur la santé, l’organisation du travail, l’absentéisme et le maintien en emploi. Comprendre cette réalité, c’est aussi anticiper les évolutions profondes qui transforment aujourd’hui la société, le monde du travail et les obligations de prévention.
Cyril Colin
Président du Groupe Pôle Prévention
